CE à la bande Cervera (Esp)
CAUDRON MAITRE DE LA BANDE EUROPENNE POUR LA 6EME FOIS
Le dernier championnat d’Europe de l’ère des Classics Masters Trophy s’est déroulé du 23 au 27 novembre 2011 à Cervera en Espagne. Un grand chapeau aux organisateurs qui nous ont offert là un grand tournoi et un grand merci aussi à Xavier Carrer et son équipe de Kozoom pour avoir couvert l’événement en direct sur la toile !
Il y a eu du grand jeu durant ce championnat à la bande, tant durant les qualifications initiales avec notamment l’allemand Havlik qui a évolué à un très haut niveau, que dans les qualifications de groupes. Un seul chiffre qui m’a été glissé par un homme qui officia un jour comme coach lorsque son poulain fut hélas éliminé, un homme fort avenant envers moi pour qui la statistique n’a aucun secret… il se reconnaîtra… les 16 derniers joueurs disputant les 8èmes de finale étaient ensemble à plus que 9 de moyenne générale !!! Cela montre indéniablement les progrès qui ont été réalisé dans cette discipline et que jouer 10 de moyenne de nos jours n’est plus suffisant pour sortir du lot.
Les 8èmes de finales ont vu l’élimination de Gretillat, Zenkner, Mata, Niessen. Les quarts de finales ont fin au rêves de Remond, Kahofer, Faus. Tous balayés par des pseudos outsiders français et espagnols enragés… ou tout simplement terrassés par eux-mêmes. Les demi-finales ont ouvert la voie royale à De Bruijn et Caudron pour une finale de rêve entre les deux maîtres de la bande, deux styles bien différents, mais seul celui de Caudron pouvait se mettre en place dans de telles conditions. Il le dit lui-même dans son interview en spécifiant qu’il ne prend pas autant de risque que les joueurs de petits jeux. Des conditions idéales pour celui qui mène de front et avec constance autant le jeu de coin, que les billes en demi-distance ou en pagaille sur toute la table. Bravo à Frédéric pour son 6ème titre de champion d’Europe.
Ca fait toujours mal d’encourager les cocoricos bleu-blanc-rouge, mais tout de même… alors un grand coup de chapeau aussi aux français qui s’octroient certes une place sur le podium, mais surtout six places dans les dix premiers. Avec des jeunes joueurs qui ont montré du talent, je pense notamment à Le Deventec qui a évolué souvent à 10 de moyenne. Et également aux espagnols, Espinasa en tête et sa magnifique 3ème place !
Pour ma part, ce championnat marquera un tournant dans ma carrière billardistique. Je pense avoir beaucoup de progrès à faire dans plein de domaines et il est désormais temps que j’adapte mon travail en conséquence. Pourtant bien préparé dans ma tête, ce championnat a débuté selon toute logique par de bons résultats en pareilles circonstances. Un premier match contre un allemand que je sais très dangereux en tout juste 8 reprises. Bien que n’ayant pas réalisé de grande série dans ce match, je restais confiant pour la suite. Et j’avais raison, sur le même modèle de préparation, mon second match fut aussi « facile » que le premier, en seulement 6 reprises, contre un Faus capable d’élever son niveau de jeu suffisamment pour obtenir une place sur le podium. Une maîtrise étonnante en fonction des circonstances, à savoir une aire de jeu tout sauf plate qui ne facilitait pas le petit jeu et les rappels dans le coin. Le lendemain, il me restait mon troisième match face à Legros. Même si ma qualification était déjà acquise, il me restait l’opportunité de rester dans les premières places des qualifiés et donc ce match était tout aussi important que les autres, surtout face à ce sympathique français qui avait démontré des qualités de jeu qui pouvait faire trembler les meilleurs ! Un match qui a plutôt bien débuté, mais qui a tourné en fin de jeu. Même si j’ai terminé ce match en 13 reprises, les derniers points furent déjà difficiles et j’étais bien content de ne pas devoir prolonger la partie… la faille s’était déjà creusée, le doute s’est immiscé.
\Conscient de cela, je me suis préparé à affronter mes huitièmes de finale contre mon ami Laurent Guenet dans les mêmes conditions, avec tout de même le doute installé de la veille et également la quasi-certitude que mon adversaire allait en profiter et faire voyager les billes. Mais j’ai déjà vécu pareille situation et je m’étais préparé en conséquence. Sans savoir que ce que j’allais vivre dépassait tout ce que j’avais pu connaître jusque-là… Le moment venu, dès les premiers points, je me suis rendu compte que la situation était grave… Difficile de se l’imaginer, mais peut-être certains joueurs de compétition le comprendront… je pourrais appeler cela le trou noir ! Je ne vois plus rien, je ne sens plus rien, tout est flou… incapable de voir où je dois toucher la bande ! Et surtout incapable de savoir comment y aller !
Alors la lutte a été dure dès les premières reprises, un cauchemar que j’ai essayé de maîtriser. Point après point, j’ai été en quête de ma capacité à voir, à toucher et à diriger mes billes. Reprise après reprise, malgré toutes mes erreurs, j’ai tenté de les mettre à profit pour me remettre en selle… Sur la seconde moitié de la partie, j’avais retrouvé un peu de sensations, réalisant des points de distances et de demi-distance, mais peinant à prendre une position favorable. J’avoue aussi objectivement avoir eu de la malchance à trois reprises. La première, lorsque je suis enfin parvenu à me regrouper les billes, un rappel de long, une bille qui tombe, un masque et rien à jouer ! Je sais que cela arrive fréquemment en jeu, mais là ce fut plus rude à accepter. Puis peu après, une nouvelle fois les billes, un placement par la petite bande et voilà le buttage qui m’enlève le point. Jusqu’à la avant-dernière reprise où Laurent me laisse un cadeau que je tente de mettre à profit point après point, une américaine un peu large, quelques points en finesse et puis placement pour un changement d’aile. Et sur le placement en finesse… buttage !!! Et trop tard, Laurent finit ses points. La reprise ne fut pas mieux pour moi. L’élimination était là, énorme déception pour moi, celle de n’avoir pas su conserver mon niveau, celle de n’avoir pas su empêcher ce tourbillon de se présenter, de n’avoir pas su éviter qu’il ne m’emporte, de n’avoir pas su m’en sortir à temps… j’ai fait preuve d’une fragilité. J’ai déjà connu pareil cauchemar, je suis parvenu parfois à m’en sortir en cours de partie, notamment lors de mon premier match à Ronchin au 47/2, mais cette fois-là… ce cauchemar là… je ne m’en suis pas sorti.
Voilà de quoi me faire fourmiller d’idées, en tout cas cela me donne matière à travailler pour mes futures années d’entrainement… Bravo à Laurent d’avoir su gérer la situation jusqu’au bout et dommages que la route se soit arrêtée pour lui au tour suivant. Xavier de Kozoom me demandait si j’avais été malade ?... non pas physiquement en tout cas, je n’étais pas malade. J’ai juste été faible c’est tout. »
Xavier Gretillat
www.xaviergretillat.com/



